Réalité vécue...

C'est toujours immobilisé par ses problèmes de santé que le Père Norbert a fêté ses 4 années de prêtrise.

Fleurs reçues de la sr
Fleurs offertes par Soeur Anne-Christine pour l'anniversaire de l'ordination du P. Norbert


De la maison de soins de Paris où il poursuit sa convalescence, il adresse à ses amis et lecteurs un témoignage de vie qui ne laisse pas indifférent :

«Sur le lit de malade ou debout en marche avec les béquilles dans les hôpitaux ou en cliniques : 
‘Missionnaire, il faut l’être et le rester jusqu’au fond de son âme’ »

Après un partage sur différents points relatifs à mon périple médical, le père André L. Simonart Provincial d’Europe, m’a demandé : « Comment gères-tu ton temps libre ? Je veux dire, la période entre un rendez-vous médical et un autre ? » Ayant essayé sans succès de trouver un programme d’études adapté à mon rythme médical, je lui ai répondu que trois activités principales m’occupaient : « La lecture, le projet Sola (pour la construction d’un petit hôpital pour la communauté de Sola en R.D du Congo) et le service communautaire ». Sa réponse a été d’encouragement et de soutien fraternel : « Mon frère : Missionnaire, il faut l’être et le rester jusqu’au fond de ton âme ». Cette réponse rejoint, en quelque sorte, ce que j’ai pris comme devise dans mon ministère sacerdotal : « Seule une vie vécue pour les autres vaut la peine d’être vécue ». C’est cette réalité vécue que je vais essayer de relater.

Deux jours après mon arrivée en France le 30 juin 2012, a commencé mon aventure médicale. Au bout d’un parcours avec le Spécialiste rhumatologue, il était évident que mon séjour médical en France serait long, très long même. Il m’a fallu d’abord obtenir des papiers valables car le simple visa de trois mois que j’avais, était inadéquat ; à cette fin, le Supérieur Général et son Conseil m’ont nommé pour deux ans dans le secteur de France ; pour me permettre de tenter d’introduire une demande de titre de séjour en France. La démarche pour obtenir ce titre de séjour semblait compliquée au point que de nombreux confrères la disaient simplement impossible. Après avoir envisagé en vain différentes possibilités avec les confrères en charge, j’ai fini par demander l’aide d’un ami qui pourrait faciliter l’obtention de ce titre de séjour sans que je sois obligé de quitter le territoire français, ce que mon état de santé ne me permettait pas. M’accrochant à cette espoir, je répondais à ceux qui doutaient de mon recours, en citant ce chant « l’amitié désarmera toutes nos guerres, l’espérance habite la terre, la terre où germera le salut de Dieu’ – ajoutant : pourquoi alors ne pas espérer que  l’amitié rendra possible une issue favorable à ma démarche ?! ». L’espérance n’a pas déçu et la surprise pour les douteurs fut grande, car, avec l’intervention de l’ami, la démarche est allée relativement vite au point qu’au bout de quatre mois j’ai obtenu mon titre de séjour. Ce qui était impossible, l’amitié l’a rendu possible. Faut-il rappeler que « rien n’est impossible à celui qui croit ? » mais il n’est pas nécessaire de parcourir la Bible, pour découvrir et apprécier la valeur de l’amitié, une richesse pour l’homme comme Jésus l’enseigne en particulier à travers les paraboles.

Ce fut ensuite un véritable marathon médical en France, un va-et-vient continu entre communauté – Médecin généraliste – Rhumatologue – Kinésithérapeutes – Médecin de la douleur – Ostéopathe – Etiopathe pour atterrir depuis le 18/12/2012 entre les mains du Chirurgien Orthopédiste. Avec ce dernier, j’ai commencé depuis le 17/04/2013, une autre épreuve de marathon, celle des chirurgies orthopédiques séjournant brièvement à l’hôpital et longuement en clinique de rééducation fonctionnelle. C’est cette dernière épreuve de marathon, précisément ce séjour en hôpital et en clinique, que je viens plus particulièrement partager avec vous.

hôpital après les chirurgies hôpital
Des moments difficiles et même parfois très difficiles...

Mais avant de relater la manière dont je vis mes séjours en hôpital et en clinique, il me parait nécessaire de confesser que ce marathon médical est non seulement douloureux, mais aussi long, très long même. Trois ans et quelque mois déjà vécus dans cette situation : deux ans et quelques mois de périple entre l’Algérie – la R. D. du Congo – l’Afrique du Sud, et déjà un an et deux mois en France. Qu’importe la durée de ce marathon médical : la patience, le courage, la confiance, beaucoup de bon moral, le sourire, la joie, une dose d’humour, un abandon, non passif mais actif, en Dieu … m’animent, me motivent pour aller de l’avant et me stimulent avec la ferme espérance dans la foi de retrouver un jour une mobilité qui me permette de reprendre mon bâton de pèlerin dans le vaste champ missionnaire où Dieu, le Maître de la mission, m’a envoyé ou m’enverra.

Sur mon lit en clinique Enraciné dans cette motivation, je vis ma situation actuelle dans l’action de grâce au Seigneur, source de tout, et de mon mieux, je fais de cette situation l’occasion de rayonner la joie, la vie, l’espérance, l’amitié, l’optimisme… autour de moi, avec mes frères et sœurs patients et patientes, le personnel médical et soignant, des visiteurs, etc. Dans ce sens, ma présence tant à l’hôpital qu’en clinique comme patient, devient pour moi, une présence apostolique, pastorale et missionnaire à travers laquelle doivent rayonner la joie, la vie, l’encouragement mutuel, l’écoute des uns et des autres, elle est lieu de rencontre pour le dialogue interreligieux (Islamo/Judéo – Chrétien) mais aussi avec ceux et celles qui se réclament de n’avoir aucune attache religieuse. Missionnaire, il faut l’être et le rester jusqu’au fond de son âme ! Seule une vie vécue pour les autres vaut la peine d’être vécue.

Revenons à présent sur cette autre épreuve du marathon médical débutée depuis le 17/04/2013 pour approfondir de manière détaillée, le séjour en hôpital et en clinique, vécu comme présence apostolique, pastorale et missionnaire. Pour bien l’approfondir, permettez-moi d’utiliser l’image d’une toile artistique ayant deux grandes parties : le séjour en hôpital et celui en clinique. Plusieurs tableaux composeront ma toile.

A. Séjour à l’hôpital Pitié-Salpêtrière (17/04 – 02/05/2013) : Le premier dessin dans cette toile sera la rencontre avec un jeune Algérien du nom de Mehdi. Une semaine après ma triple opération chirurgicale, allongé dans mon lit, je vois entrer un groupe de 4 personnes (papa, maman et leurs deux fils) qui installent le fils malade sur le 1er lit de la chambre où j’étais et après avoir fini leur prière, la famille donna encore quelques conseils et encouragements à Mehdi (cela en arabe). Après quelque temps, je me permis d’engager un dialogue avec cette famille. « Salam alikum ! » fut le point de départ. « Etes-vous Algériens ? » ai-je poursuivi et très vite cette initiative dissipa les appréhensions et libéra les langues. Nous nous présentâmes et la famille m’expliqua la situation médicale et administrative de Mehdi. A 21h, avant qu’elle ne quitte l’hôpital, elle me confia le jeune garçon, me demandant de le soutenir car il était angoissé par la perspective d’une intervention chirurgicale. Nous passâmes alors, Mehdi et moi, une bonne partie de notre première nuit à échanger sur l’Algérie, notre parcours médical, etc. Tôt le matin, tellement stressé par l’opération chirurgicale, Mehdi me demanda le GSM et téléphona en vain à gauche à droite. Je le réconfortai, puis après m’avoir fait une confidence il me demanda d’appeler sa famille.

En béquilles à la clinique Prêt pour manger Ugali
Mais vite "debout"... et quel plaisir lorsqu'un ami apporte des plats traditionnels Ugali...

Touché par le parcours médical et la situation administrative de Mehdi, j’ai décidé de partager le cas avec l’ami diplomate qui m’avait aidé, pour lui demander si quelque chose pouvait être fait. Ayant pris les choses à cœur, cet ami s’entretint personnellement avec Mehdi et son père avant d’entreprendre différentes démarches en leur faveur. Voilà qui confirme le dicton « L’amitié génère l’amitié ». Partie dans l’appréhension, la rencontre avec Mehdi et sa famille déboucha ainsi dans des liens amicaux presque familiaux. Si la situation administrative de Mehdi ne s’est pas régularisée comme nous l’espérions, le miracle médical a eu lieu. Mehdi qui depuis 19 ans ne marchait qu’avec des béquilles est, actuellement, sorti de l’hôpital en bonne forme, marchant et gambadant sans béquilles ; il vient de temps à autre, me rendre visite en clinique.

L’ambiance amicale et joyeuse créée avec le personnel médical et soignant, est le 2ème dessin de ma toile. En effet, après avoir retenu le patronyme de beaucoup de ceux qui passaient dans notre chambre 604-605, j’ai fini par les appeler par leur prénom : François, Alexia, Judith, Adrien,  Stephan, Nacera, etc., ce qui nous a rapprochés au point que de temps à autres, l’un (l’une) ou l’autre venait dialoguer, plaisanter, etc. Cette relation fait qu’aujourd’hui encore, chaque fois que je rentre à l’hôpital pour une consultation médicale, je passe dire bonjour à ceux et celles que je connais et qui sont de permanence. Ces retrouvailles rappellent de bons souvenirs vécus en l’hôpital pendant 15 jours. Une dernière touche à ce dessin, ce sont les visites de mon Chirurgien qui, chaque fois qu’il était là, n’a pas manqué de passer me voir deux à trois minutes, et chaque fois, en sortant de la chambre, de me dire : « Garde ton bon moral et ton courage, ils sont nécessaires pour le long chemin dans lequel nous nous embarquons pour ta santé ». 

Avec Diacre Jean Marie venant de Jérusalem Réconforter par P
Des visites qui font du bien...
A gauche, avec le diacre Jean-Marie venant de Jérusalem
à droite avec le P. Bonaventue MASHATA

Finissons cette première partie de la toile par un mot sur les différentes visites des amis/amies, confrères et sœurs, etc., je mentionnerai spécialement: celle de mon ami Xavier, le diplomate, qui, malgré ses responsabilités et un programme chargé de réunions et de travail de bureau, me surprenait par des visites imprévues ne manquant pas chaque fois de m’apporter des journaux, magazines et livres pour la lecture. Une autre visite surprise a été aussi celle du Père Baudouin WATERKEYN qui, venant de Lourdes et ayant manqué sa correspondance de retour Paris-Bruxelles, en a profité pour me visiter – comme quoi, à quelque chose, malheur est bon.

B. Séjour en clinique (02/05/2013 - ?) : Ce deuxième tableau de ma toile exprimera dans un premier dessin, l’étonnement. En effet, transféré en clinique le 02/05, je n’avais dit à personne que j’étais prêtre. Comment alors cette nouvelle de la présence d’un prêtre patient au 2ème étage de la clinique, a-t-elle été connue de certains puis s’est-elle répandue ? Si cela importe peu, j’en reste néanmoins étonné. A plusieurs reprises, j’ai dû répondre à la question, « Êtes-vous : Prêtre ? Curé ? Abbé ? Père ? Pasteur ?» En séance de kiné, à la terrasse, en chambre ou au restaurant, il arrive encore que la même question me soit posée gentiment par l’un/l’une ou l’autre. Si je réponds parfois oui, la plupart de temps, je préfère ignorer la question en changeant de sujet pour faciliter le contact, l’approche mutuelle, et permettre plus tard un échange franc et sans gêne, dans le respect de la liberté de chacun.

hôpital, visite du P Srs
Visite du P. Baudouin Waterkeyn, et des Soeurs Agnès et Hélène

Le marathon des patients capables de se déplacer avec béquilles, déambulateurs, cannes, ou chaises roulantes dans le couloir du 2ème étage est mon 2ème dessin. Le premier samedi, (04/05) vers 16h, je me trouve ainsi avec six autres patientes : deux en chaises roulantes, deux en déambulateurs, deux avec une canne et moi en béquilles pour une balade dans le couloir. Je commente ce marathon, ce qui fait rire les participants, les aides soignantes et suscite la curiosité de ceux et celles restés dans leurs lits. Arrivés devant la chambre 204 (ma chambre), une patiente dit : « Silence ! Dans cette chambre il y a un padre. Il ne faut pas le déranger. » Surpris de l’interpellation, je lui demande comment elle l’a su. Nous nous arrêtons et discutons un moment puis nous reprenons notre marathon. Après un nouveau tour, la même patiente nous partagea son intention de rencontrer le padre, ce qui conduisit les autres à demander « C’est quoi un padre ? » et elle de répondre  « un père, un prêtre ». Après un petit temps de discussion, je dis alors à cette patiente: « Sais-tu que le padre est juste derrière toi, la personne avec qui tu parles ? » Elle s’arrêta, me regarda et dit : « Tu veux me dire que c’est toi ? Tu es le padre ? Un padre qui fait le marathon avec nous, derrière moi ? Incroyable ! Un padre, toi ! Non, non! » Alors que Josiane, cette personne, restait encore toute étonnée, les autres me demandaient : « Tu veux nous dire que tu es prêtre? » Après avoir répondu oui, je changeais de sujet en reprenant l’animation de notre promenade. « Un padre qui fait le marathon avec nous ? » Telle était la surprise de Josiane ! Eh oui, un padre qui fait non seulement le marathon avec ses béquilles pour animer, s’amuser et amuser, mais surtout qui, jusqu’au fond de son âme, vit ce temps avec patience, courage, et dans l’espérance  de retrouver une bonne santé pour reprendre un jour, son bâton de pèlerin, plus loin en terre d’Afrique !

Avec mon ami Xavier
Visite de Xavier, l'Ami sur qui on peut compter...

Dans le prolongement de ce marathon, le 3ème dessin est celui des rencontres quotidiennes pour écouter, réconforter, répondre aux divers appels pour une visite, un entretien, une aide… Ce dessin fait de ma chambre non seulement un lieu d’accueil, mais aussi et surtout un lieu plurifonctionnel : - lieu de rencontre avec les uns les autres parfois pour un cours d’anglais – mais aussi cabine téléphonique, - salle informatique, - cyber café, - cabinet de conseil, voire un  magasin où d’un côté on vient se servir en gâteaux, biscuits, fruits, de l’autre, approvisionner la réserve en fruits, gâteaux, compote, - et finalement, une mini-bibliothèque grâce à la réception quasi-quotidienne en livres, magazines, journaux, apportés par mon ami Xavier. Ma chambre est vraiment un lieu plurifonctionnel, dont la porte reste la plupart de temps ouverte. 

Une bulle, comme dans les bandes dessinées,  trouverait aussi sa place dans cette toile, c’est la remarque d’une infirmière, Barbara : « Comment est-ce possible que malgré les douleurs que tu traverses, tu gardes toujours ton sourire ? Quelle est ta recette ? Chaque fois que je viens chez toi, tu ne manques jamais de sourire, d’humour, cela fait vraiment plaisir.»

Accueillir Soutenir
de nombreuses occasions se présentent, d'accueillir et de soutenir...

Dans un autre coin, il faudrait aussi valoriser différents moments de réconfort et c’est d’abord, en clinique comme partout, la prière ; grâce au père Bernard Lefebvre qui a installé sur mon téléphone deux programmes de bréviaire, je peux prier les Laudes et les Vêpres sans avoir à utiliser mon livre de prière. Mais j’ai aussi le privilège, trois à quatre fois par semaine, de recevoir la communion au Corps du Christ grâce au service et à la disponibilité du curé de la paroisse Ste Colette, et de paroissiens ou confrères M.Afr. Enfin je dois mentionner certaines visites  particulièrement réconfortantes comme celles : - 1. Du Père Bonaventure MASHATA, actuel Supérieur Délégué d’Ethiopie - Liban – Israël ; après un séjour de 6 mois de formation au Chatelard à Lyon, il a pu venir à Paris où pendant 4 jours, il a passé ses après- midis à mes côtés, après avoir pris le déjeuner ensemble en chambre. Bon cuisinier, il n’a pas oublié d’apporter de la nourriture traditionnelle Congolaise (Ugali, sombé, …) qu’il avait lui-même préparée au Chatelard. Avec lui, j’ai aussi pu, pour la 1ère fois depuis des mois, célébrer l’Eucharistie dans ma chambre de clinique. – 2. Du Père José Maria CANTAL, Provincial du Maghreb, qui a pris quelques jours de son congé pour faire un petit tour afin d’aller saluer les anciens du Maghreb et soutenir ceux qui faisaient, comme moi, l’expérience de la maladie – 3. Père Guy VUILLEMIN Supérieur du secteur France. – 4. De la sœur Anne Christine des Sœurs Missionnaires de Notre Dame d’Afrique (Sœurs Blanches), qui, presque toutes les semaines, vient passer quelques minutes avec moi. – 5. Des sœurs : Hélène MUKEYA des Carmélites de Saint Joseph et Agnès KAHINDO des Saints Sacrements de Valence, venues célébrer avec moi, mes 4 années d’ordination sacerdotale (08/08/2013) en m’apportant bien sûr, elles aussi, le repas traditionnel Congolais. – 6. Des confrères : Sylvain YAMEOGO (au moins 3 fois la semaine), Philippe ANTOINE (que j’appelle grand-père, fidèle de soit Mardis soit Samedis), Peter MATESO (venant de Lyon), etc. – 7. La surprise que me fait, de temps à autre, une aide soignante m’apportant des mets Centre Africains ou R.D. Congolais. Etc.  

Conseiller
de conseiller...

Les discussions/échanges dans la salle de kiné, en petits groupes dans la salle à manger ou individuels en chambre, complèteront ma toile. Divers sujets font l’objet de ces échanges : - le mariage gay, - le lobby des prêtres gays au Vatican, - les Papes tous conservateurs, - la responsabilité de l’Eglise Catholique face aux victimes du SIDA, en particulier en Afrique, - le mariage des prêtres - les homélies, trop théologiques, sans rapport avec la réalité vécue par les fidèles, - les églises vides de jeunes, - la vie religieuse dépassée et sans importance aujourd’hui, - le mariage pour tous en France, - l’utilisation des préservatifs et pilules, seul moyen pour stopper le Sida, l’abstinence étant une pure utopie - le regret que les JMJ 2013 n’aient pas été l’occasion pour le Pape d’annoncer aux jeunes la liberté d’utiliser préservatifs et pilules, - le problème de l’avortement. Pourquoi, enfin, l’Eglise Catholique met-elle son nez dans tous les domaines de la vie, ne reconnaît-elle pas la liberté et la responsabilité de la conscience humaine, etc. Et finalement toujours cette question : « M. le curé dans quel siècle vis-tu ? Le 15ème ?, 17ème ? » 

P
Visite du P. José Maria Cantal

Il est surprenant de voir comment ces sujets animent et passionnent. Chaque fois qu’ils sont abordés, tous âges et origines confondus, je ne refuse pas de discuter ni de prendre position et souvent, lors de ces discussions, les cris de douleur laissent finalement la place aux désaccords, énervements et éclats de rire.

Sans toutefois tout cautionner, il me semble nécessaire de dire que ces discussions, comme les sujets abordés, sont un appel adressé à l’Eglise de mieux vivre, aujourd’hui, la réalité concrète de sa nature humano-divine de sorte que sa mission soit non seulement d’annoncer mais de témoigner du message de l’incarnation. Ces sujets sont aussi une invitation directe à nous prêtres, de quitter toute manifestation de cléricalisme qui isole, éloigne, rend aveugle face à la réalité, la misère de nos semblables … pour adopter un comportement, un style de vie qui nous rendent plus humains, plus  proches de nos frères et sœurs de sorte que leur joie, leur souffrance, leur bonheur, leur misère, … soient aussi les nôtres. C’est en devenant homme, en partageant pleinement notre condition d’homme que le Christ nous a sauvés faisant de nous, des fils et filles de Dieu son Père. Ste Thérèse de l’Enfant Jésus disait  « Jésus ne s’est pas fait homme pour être enfermé dans les ciboires … ».

Le monde a aujourd’hui besoin de clercs, religieux et religieuses, prêtres et sœurs … qui, partageant l’humanité de leurs frères et sœurs, portent avec leur semblable, la joie, la peine, la souffrance, le bonheur, le malheur, du monde et marchent avec eux à la rencontre de ce Dieu, plein de tendresse, Père/Mère de tous et de toutes. Loin de nous satisfaire d’un certain confort paroissial comme religieux, il convient de nous mettre en marche pour rencontrer nos semblables dans leurs situations quotidiennes, concrètes, qui doivent être aussi les nôtres. « Je préfère une Eglise accidentée qu’une Eglise malade » a dit le Pape François. Une Eglise accidentée est celle qui ne craint pas de s’engager avec le monde pour la vie, la générosité, la paix, l’amour, le dialogue mutuel, la réconciliation, dans la louange de Dieu, Une Eglise accidentée est celle qui ne craint pas de se salir les mains au service  des hommes pour la vie de l’humanité et la gloire de Dieu. Une Eglise accidentée n’est pas une Eglise malade qui a peur et se replie sur elle-même, avec un style de vie assez irréaliste qui la sépare du monde. C’est en réaction à ce style de vie que le cardinal Lavigerie voulut que les membres de ses congrégations, pères et sœurs,  s’intègrent, s’adaptent, s’identifient, à la culture des peuples qui les accueillaient, cela passant par l’habillement, la nourriture, la langue. En ce sens il fut prophète.  

 

Démontrer Echanger, dialoguer Un sourire
Merci à tout ce personnel soignant dont les soins, le dévouement, mais aussi le sourire, rendent l'insupportable supportable

En revoyant les deux parties de ma toile, je trouve qu’il y a encore une petite place vide, celle du dessin ayant pour thème la formation. Mon séjour à l’hôpital et en clinique se révèle pour moi un séjour formateur, puisqu’il m’a introduit notamment au dialogue Judéo-chrétien, que je n’avais jusque là, jamais vécu. Formateur aussi car il continue à me mettre à l’école de l’écoute de frères et sœurs par qui Dieu m’interpelle. Formateur dans ma croissance humaine et spirituelle. Formateur également dans le parcours de la souffrance, ce mystère qui ébranle, rend vulnérable, défie … et qui peut-être aussi source d’élan pour l’espérance, la compassion, la générosité, bref, la vie. Oui, à l’hôpital ou en clinique, j’ai vu défiler sur les brancards, j’ai rencontré et dialogué avec, j’ai fait l’expérience, j’ai observé et fus bouleversé … par différents cas de misères humaines (souffrances) comme les cas : de différente sorte d’AVC (Accident vasculaire-cérébral), d’Alzheimer, de différentes sortes de dépressions humaines, de différentes sortes des fractures (mon cas par exemple), différentes sortes d’accidents légers comme aussi lourds, de tentatives de suicide ratées pour une raison ou une autre, des personnes à l’état végétatif, de cancer, d’insuffisance rénale, etc., la vulnérabilité du personnel médical et soignant face à l’intensité de la douleur qu’un/une patient(e) expérimente ou face à la dépression, un fort pessimisme d’un/une patient(e) qu’il essaie, de tout leur cœur, d’aider, etc. Face à toutes ces réalités il est inéluctable que des questions comme : « Comment vivre cette évidence (la souffrance) qui fait partie de notre réalité humaine ? Se résigner et vivre sa vie dans le pessimisme, négativisme… ? Ou alors l’intégrer et vivre sa vie dans l’optimisme, positivisme… ? Quelle attitude adopter face et dans la souffrance ? Quel sens donner à la vie ? Faut-il mettre fin à sa vie une fois confronté aux problèmes, souffrances, misères … ou alors, comme a chanté un musicien R.D. Congolais ‘Likambo, likambo kaka moto … kozuaka nzete te… (Seule la personne humaine peut avoir des problèmes, misères, … et jamais un arbre).’ ; les assumer et s’engager pour la vie ? Etc., se posent et nous interpellent à la réflexion sur notre existence, notre raison d’être. Formateur puisqu’il me permet de vivre mon ministère sacerdotal dans l’humilité, la joie, la disponibilité, la foi … tout en restant homme parmi mes frères et sœurs humains.  

La rue vue de ma chambre en clinique
mon univers à Paris, depuis de longs mois...  

Ayant fini de peindre ma toile artistique, il ne me reste à présent qu’à la coller à un mur ou au plafond de ma chambre pour permettre, à ceux et celles qui, pour une raison ou une autre, font un séjour dans la clinique, - de même qu’à leurs visiteurs, de venir jeter un coup d’œil sur elle et l’ayant contemplée d’y trouver une raison de vivre et de me suggérer les corrections à faire, pour me permettre de rendre de plus en plus concret la mise en pratique de ce qui me tient le plus à cœur et que j’ai retenu comme devise sacerdotale : « seule une vie vécue pour les autres vaut la peine d’être vécue » ma vie et peut-être…… la vôtre !

P. MWISHABONGO MUKWANGA Norbert

Missionnaire d’Afrique (Père Blanc)

http://perenorbert.afrikblog.com/